Articles

Fermer Biblio critique

Fermer Biographie

Fermer Ici et ailleurs

Fermer L'association

Fermer Metteurs en scène et interprètes de Corneille

Fermer Non, Corneille n'a pas écrit les oeuvres de Molière ! Nos adhérents réagissent

Fermer Quand on aime, on imite : pastiches et parodies de Corneille

Fermer Spectacles

Annuaire

Fermer Annuaire des membres

Newsletter
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
Captcha
Recopier le code :
Partenaire

Educnet

Visites

 559530 visiteurs

 4 visiteurs en ligne

Rechercher sur le site



Bienvenue sur le site du Mouvement Corneille - Centre International Pierre Corneille

 fond.jpg

Éditorial

« Je ne sais ce que c’est, mais je sais qu’il me charme,

      Que je n’en conçois point d’alarme ;

Plus j’ai les yeux sur vous, plus je m’en sens charmer :

Tout ce que j’ai senti n’agissait point de même,

      Et je dirais que je vous aime,

Seigneur, si je savais ce que c’est que d’aimer. […]

Vous soupirez, Seigneur, ainsi que je soupire,

Vos sens comme les miens paraissent interdits,

C’est à moi de m’en taire, à vous de me le dire,

     Et cependant c’est moi qui vous le dis. » (Psyché, III,3)

Cette délicate peinture de l’amour naissant, que Corneille met dans la bouche de Psyché (jusqu'au 4 mars à la Comédie-Française, dans une mise en scène de Véronique Vella), nous offre l’occasion de placer l’année nouvelle sous le signe du cœur : terme cornélien s’il en est, aux sens multiples. Tout le monde a en tête la fameuse question de Don Diègue, « Rodrigue as-tu du cœur ? » : qu’en fera Philippe Car, qui nous propose en mars une adaptation ébouriffée du  Cid (Deux Rives, Rouen) ? La clémence d’Auguste, quelle qu'en soit la source, touche Emilie au « cœur » - elle répète le terme trois fois en sept vers : allons voir l'interprétation qu'en donne Noël Casale au Théâtre de l'Echangeur à Bagnolet fin janvier. Psyché, El Cid ! , Cinna : trois occasions d’arpenter à nouveau l’œuvre de Corneille, et d'y explorer toutes les nuances du coeur . Et côté cœur encore,  un roman historique tendre et malicieux de Richard Goodkin, Les magnifiques mensonges de Madeleine Béjart (ed. La Feuille de thé) où l’on voit Thomas Corneille jouer un rôle … inattendu !

De tout cœur donc, bons spectacles, bonnes lectures, et bonne année !

Myriam Dufour-Maître, présidente du Mouvement Corneille

 
La dernière nouvelle

Les tendres et ingénieux mensonges de Richard Goodkin

 

« Où l’on voit Pierre et Thomas Corneille écroulés de rire aux pieds de Madeleine Béjart débutante, avant que d’autres sentiments n’apparaissent… mais chut ! »

 

Entreprendre sur l’Histoire, dans ses blancs et lacunes, c’est le privilège bien connu du roman historique. Richard Goodkin en jouit avec gourmandise, tout en faisant pour son lecteur, dans l’épilogue, le départ soigneux entre le peu que nous savons de Madeleine Béjart et ce que lui a suggéré sa verve inventive.

Avec une réjouissante malice et un ingénieux brio, l’auteur joue, cum grano salis, de toutes les conventions du roman historique à la Dumas et de tous les ingrédients du romanesque : pastiches, titres-programmes des chapitres à la manière des feuilletons, croix-de-ma-mère, enfants supposés, enlèvement et sauvetage, héroïsme chevaleresque et panache d’autant plus beau qu’il est inutile.

L’intrigue repose sur l’ignorance dans laquelle nous sommes  (et resterons sans doute) de la date exacte de la naissance d’Armande Béjart, et de sa véritable filiation. Son contrat de mariage avec Molière mentionne en effet que la mariée est « âgée de vingt ans ou environ ». Son père, Joseph Béjart, serait donc mort avant sa naissance et sa mère, Marie Hervé, aurait accouché à quarante-neuf ans. A partir de là, les hypothèses sont allées bon train dès l’époque de Molière ; Richard Goodkin leur ajoute la sienne, plus poétique et tout bien considéré pas beaucoup moins vraisemblable. Selon la formule convenue, il ne saurait être question d’en dire plus, mais les deux dramaturges rouennais jouent dans le roman un rôle bien inattendu, et savoureux. Mais ces jeux d’allusions culturelles, s’ils constituaient le seul intérêt du récit de Richard Goodkin, ne feraient de celui-ci qu’un malicieux divertissement à l’usage des amateurs un peu érudits du XVIIe siècle.

Le roman a de plus hautes ambitions, et intéresse son lecteur à quelque chose de plus piquant et de plus profond, que son titre annonce et qui nervure son personnage principal. Histoire d’une vie, le roman est l’histoire de la découverte progressive par Madeleine d’un art de mentir qui s’avère le plus pur  des arts d’aimer. Art des « agréables mensonges », la littérature - tout spécialement ici le théâtre dans le roman, mais aussi la fiction romanesque elle-même, mise à distance par l’exhibition amusée de sa convention, nous invitent à une réflexion sur les liens du mensonge et de l’amour, depuis l’intronisation précoce de Madeleine dans la « guilde des menteuses » jusqu’au bilan d’une vie, « où aimer est inséparable de mentir » (p. 469).

On adhère donc plus ou moins aux péripéties imaginées par Richard Goodkin pour tracer la vie aventureuse et compliquée de la belle Madeleine, ou aux clins d’œil qu’il adresse à ses lecteurs. Mais le personnage qu’il campe, cette beauté rousse déterminée, aimante, généreuse jusqu’au sacrifice, emporte tout à fait la conviction.

Myriam Dufour-Maître

Richard Goodkin, Les magnifiques mensonges de Madeleine Béjart, Mayenne, La Feuille de thé, 2013, 486 p., 29 € . ISBN 978-2-9542668-2-4.

 

 

... / ... Lire la suite


 
Skins Papinou © 2007 - Licence Creative Commons

Webmaster : Olivier Armand
^ Haut ^