Sous le signe de l’autre
L’actualité cornélienne en ce début de l’année 2008 pourrait être placée sous le signe de l’autre.
Brigitte Jaques-Wajeman nous invite à « Jouer avec Nicomède » : dernier volet des cinq tragédies du « Corneille colonial », Nicomède frappe par son extraordinaire actualité politique, l’inventivité de sa langue, sa théâtralité exhibée, la nouveauté du ressort théâtral de l’admiration. A la hauteur de cette inventivité, le pari d’une mise en scène novatrice, « où spectateurs et acteurs sont embarqués dans une même aventure. Assis à côté les uns des autres, chacun sachant que l’autre est vraiment là,
tout proche, et que nul n’échappera à l’expérience. »
Côté comédies, Geneviève Rosset met en scène la métamorphose permanente de Dorante, le personnage du Menteur : se faire autre, par les inventions et les mensonges, ce n’est pas seulement fuir les identités et les destins imposés, mais atteindre « un véritable art de vivre ».
En 2006, La Place Royale mise en scène par Catherine Delattres nous avait emmenés au cœur de la guerre parfois ouverte, souvent feutrée, toujours cruelle, avec l’autre sexe. Etre à soi, être à l’autre, voire être à soi comme un autre ? On peut voir encore cette mise en scène élégante et sensible d’une comédie amère sur l’aliénation amoureuse,le jeu,la trahison.
Un rêve de théâtre de Marcel Maréchal nous invite sur une autre scène, celle du rêve, où tout devient possible, où Corneille dialogue, par personnages interposés, avec Musset.
Que fut Corneille pour Tristan ? Sandrine Berrégard éclaire les relations entre leurs dramaturgies, tandis que le fort savant volume dirigé par Jean-Marie Valentin nous invite à explorer les relations entre Corneille et l’Allemagne : d’une langue à l’autre, d’une nation à l’autre, de la « scène baroque »au « temps des génies », Corneille placé sous un autre regard se redessine autrement sous nos yeux.
Alors, en cette période de l’année nouvelle où reviennent, rituellement, les mêmes vœux, je les formulerai ainsi : que lire, écouter, voir le théâtre de Corneille nous aide à placer 2008 sous le signe de l’autre, des pouvoirs de l’invention et des valeurs de l’ouverture.
Myriam Dufour-Maître, présidente du Mouvement-Corneille.