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Bienvenue sur le site du Mouvement Corneille - Centre International Pierre Corneille

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Éditorial

La vraie gloire de Pierre Corneille.

À intervalles réguliers depuis un siècle, d’aucuns s’imaginent ajouter à la gloire de Pierre Corneille en lui attribuant l’œuvre de Molière. L’opération actuelle, menée d’abord – et avec quelle virulence ! – contre Molière, est supposée bénéficier à Corneille, mais de façon presque collatérale, les tenants de la thèse n’y insistant guère au fond, et pour cause : le monstre ainsi obtenu serait bien difficile à saisir comme « œuvre » précisément. Aussi se contente-t-on de suggérer assez vaguement que le génie de Corneille, déjà immense, en est (serait) encore élargi et grandi.

Nous avons déjà signalé le démontage minutieux par Georges Forestier, « côté Molière » si l’on peut dire, de ces élucubrations haineuses (http://www.moliere-corneille.paris-sorbonne.fr/). « Côté Corneille », la tâche n’est pas moins importante.  Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas ici de défendre « le grand homme » contre la vénération maladroite d’« amis » semblables à l’ours de La Fontaine. L’enjeu est plutôt de suggérer comment c’est, entre autres raisons, le prestige cumulé du nom de Corneille, tel qu’il traverse bientôt quatre siècles (dès Le Cid), qui sous-tend une opération qu’interdisent pourtant la lecture précise des œuvres aussi bien que l’histoire. C’est bien celui qui a été érigé en « père de la scène française » que ces révisionnistes d’un nouveau genre veulent parer des dépouilles de Molière… comme si, en tenant pour quantité négligeable toute l’histoire des appropriations, des attributions et des positions de deux œuvres jusque-là distinctement réparties sur deux noms d’auteur, on pouvait, sur un simple faisceau d’hypothèses sophistiques, redistribuer un opus sur un autre nom, jugé plus prestigieux. On a là sans doute une manifestation spectaculaire, tronquée et pervertie de cette « fonction-auteur », dont Michel Foucault a élaborée la théorie dans un article célèbre (« Qu’est-ce qu’un auteur ? », [1969], Dits et écrits, I, Gallimard « Quarto », p. 817-849) : ce n’est plus « la mort de l’auteur », mais la brutale liquidation de l’un au profit de l’autre !

À ce titre, l’affaire nous interpelle : promouvoir Corneille, comme c’est le but de notre association, est-ce promouvoir un nom d’auteur et (ré)animer sa gloire, au péril de ce genre de manipulation ? Ne convient-il pas d’interroger ce qui, dans la présence actuelle de Corneille dans la culture voire dans l’enseignement, relève encore de l’invocation rituelle (même si elle se raréfie) d’un nom d’auteur dont on n’examine plus guère l’œuvre ? La nocivité de cette affaire se mesure aussi à ce qu’elle peut conduire à une position de défensive crispée, d’essentialisation et d’unification à toute force du « génie » de Corneille. Contre ces dangers, il importe de rappeler au moins avec quel soin, près de quarante années durant, Corneille lui-même a érigé ses écrits en une œuvre concertée, dont il a fourni de façon constante à la fois l’analyse et la théorie. Ce qui n’empêche nullement que soient sorties de sa main et sous sa signature des pièces dont lui-même soulignait la très grande diversité. La crainte de faire tourner le moulin à sottises en cette affaire ne doit pas nous figer en gardiens et hérauts d’une œuvre dont on n’oserait plus interroger les modalités de constitution en son temps et par l’histoire littéraire. C’est (aussi) par l’examen critique de la façon dont s’est construite sa gloire que l’on peut débarrasser Corneille de la gloire postiche que lui prêtent les démolisseurs de Molière.

Inutile enfin de préciser que Corneille dramaturge, théoricien du théâtre et poète religieux n’a nullement besoin de cet ajout importun et absurde à son œuvre pour continuer de faire résonner dans notre temps des interrogations qui lui étaient tout à fait propres, sur la gloire par exemple justement. Il n’a nul besoin d’être confondu avec un autre pour que son œuvre continue d’offrir à nos questionnements des réponses à la fois cohérentes et ouvertes, en évolution au fil d’une très longue carrière et toujours relancées par les interprétations. Il suffira, pour s’en convaincre, de constater dans ce numéro 23 de La Lettre Corneille la richesse et la diversité des approches que suscite cette œuvre quand on la lit, quand on la joue, et qui disent, mieux que tout argumentaire, la vraie gloire de Corneille.

La présidente, Myriam Dufour-Maître

 

 
La dernière nouvelle

Zékian (Stéphane), L’invention des classiques, Paris, CNRS éditions, 2012

 

Le « Siècle de Louis XIV » s’est imposé dans notre mémoire collective comme celui des classiques par excellence. Mais quel fut le prix de cette consécration ? Qu’a-t-on fait dire aux classiques ? Pourquoi a-t-on dressé leur héritage contre celui des Lumières ? Sous quelles bannières ont-ils été enrôlés ?

En répondant à ces questions, l’auteur retrace les grandes manœuvres, au lendemain de la Révolution, autour d’une tradition littéraire semée de malentendus et de distorsions. Héritiers des Lumières et apôtres de la reconquête catholique s’affrontent violemment, mais tous revendiquent la référence aux classiques. S’engage alors une guerre des mémoires dont nous ne sommes peut-être pas sortis. À leur corpus défendant, on verra ainsi Corneille, La Fontaine, Madame de Sévigné, Molière ou La Bruyère intervenir dans les débats politiques de la France postrévolutionnaire, Racine érigé en chantre des valeurs familiales, Rotrou enrôlé au service de la propagande napoléonienne ou encore le duel entre Fénelon et Bossuet se poursuivre dans les débats parlementaires de la Restauration.

À qui appartiennent les classiques ? Oscillant entre la légende et l’histoire, leur vie posthume constitue une projection des passions françaises. Elle attise, dès le xixe siècle, les controverses sur l’identité nationale.

 

Agrégé de Lettres modernes, Stéphane Zékian est chargé de recherches au CNRS. Ses travaux portent sur la représentation de la France comme nation littéraire.

 

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